Goulmima ou l’Évanescence Fertile : Plaidoyer pour un Audit Social et Sociétal de la Durabilité Oasienne

Par Reda EL MEDAKER Docteur et Professeur d’Enseignement Supérieur à l’ESLSCA Paris, Campus Rabat, Chercheur en Audit Social et Sociétal, RSE et RSO, délégué à la Jeunesse de l’IAS

Il est, à travers les zones arides du globe, des écosystèmes où la terre semble avoir conclu un pacte avec le ciel pour défier l’implacable rigueur du désert. Les oasis, véritables sentinelles de la vie, représentent un défi universel de durabilité. Goulmima, cette perle sertie dans l’écrin du Sud-Est marocain, en est sans doute le plus noble exemple. Véritable conservatoire de l’ingéniosité humaine, elle déploie ses palmeraies comme un défi à l’aridité et ses Ksars comme des sentinelles d’une civilisation millénaire. Pourtant, derrière la majesté de ses remparts de terre et la poésie de ses ombrages, se dessine un défi de taille : celui d’un capital naturel et social dont la pérennité invite aujourd’hui à une approche renouvelée de la gouvernance territoriale. C’est ici que la Responsabilité Sociétale des Organisations et l’audit social et sociétal proposent des leviers d’accompagnement précieux pour les institutions qui veillent avec dévouement sur ce patrimoine.

L’observateur attentif, guidé par la rigueur de l’analyse scientifique, ne peut qu’être saisi par le potentiel inexploité de l’Oued Gheris. Ce cours d’eau, dont les crues généreuses sont le sang irriguant les veines de l’oasis, gagnerait à être canalisé par des infrastructures de retenue à la mesure de son impétuosité. L’absence de barrages de moyenne ou grande envergure constitue ici un manque à gagner hydraulique majeur qui fragilise la nappe phréatique ainsi que l’équilibre ancestral des canaux d’irrigation. Cette situation offre une opportunité d’optimisation stratégique pour la RSO locale, car l’audit social et sociétal ne doit plus être perçu comme un instrument de contrôle, mais comme une boussole éthique proposée aux décideurs. Auditer la gestion de l’eau à Goulmima, c’est offrir aux instances publiques et aux communes un outil d’aide à la décision pour passer d’une gestion de l’immédiat à une stratégie de la pérennité, garantissant ainsi le droit des générations futures à cette ressource vitale dans le cadre d’une gestion intégrée.

La beauté de Goulmima réside dans sa résilience, mais sa protection appelle une alliance entre tradition et modernité. Ses Ksars, chefs-d’œuvre de bioclimatisme utilisant la terre crue pour réguler les extrêmes thermiques, ainsi que sa structure sociale fondée sur la solidarité ancestrale, constituent un actif immatériel d’une valeur inestimable. La palmeraie elle-même, avec son système d’étagement des cultures où se côtoient palmiers-dattiers, arbres fruitiers et cultures maraîchères, représente un modèle de biodiversité qu’il convient de protéger contre l’ensablement et l’urbanisation anarchique. La Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) au Maroc trouve ici un terrain d’application exemplaire. Il ne s’agit point de philanthropie de circonstance, mais d’un investissement de co-développement. En valorisant les produits du terroir et en soutenant un écotourisme respectueux, le secteur privé devient le partenaire naturel de la sauvegarde oasienne. L’audit social et sociétal intervient alors comme le garant de cette harmonie, veillant à ce que le progrès demeure l’allié du capital humain, de l’économie circulaire et de l’identité culturelle.

Il convient d’aborder avec une franchise constructive les défis qui pèsent sur ces écosystèmes. La durabilité des oasis est une responsabilité dont l’auditeur social et sociétal propose de mesurer l’exécution tant en amont qu’en aval. Cette démarche commence en amont par une planification stratégique qui intègre les dimensions sociales, environnementales et éthiques dès la conception des politiques publiques territoriales. Elle se poursuit en aval par une évaluation valorisante de l’impact, mesurant l’efficacité réelle des projets sur la qualité de vie des habitants et la régénération des sols. Les organisations publiques et les collectivités territoriales ont là une occasion historique d’adopter ces mécanismes d’audit pour transformer les ambitions en résultats pérennes. On ne saurait administrer une oasis sans en épouser la fragilité organique et sans s’appuyer sur des indicateurs de performance extra-financiers robustes qui honorent la complexité de ce milieu.

Goulmima, par l’excellence de ses intellectuels et la force de son identité, mérite une gestion à la hauteur de son histoire. Elle est le miroir de toutes les oasis du globe : si elle prospère par une RSO exemplaire et partagée, c’est tout le patrimoine oasien mondial qui retrouvera ses lettres de noblesse. La science de l’audit, loin des froides colonnes de chiffres, devient ainsi un acte d’engagement et de vision, une science de la vie dédiée à la protection de ces jardins de l’histoire. Pour Goulmima, pour nos oasis, l’heure est à l’exigence partagée, car auditer la durabilité, c’est, en dernière analyse, honorer notre promesse envers l’avenir.

La durabilité de Goulmima est le serment de chacun, celle des oasis du globe l’honneur de tous : préservons ces jardins de l’histoire pour offrir un avenir à notre mémoire

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