ISO 14019 ou H2A?

Jacques Igalens éclaire l’audit des informations de durabilité

À l’heure où la CSRD impose aux entreprises un niveau d’exigence inédit sur la fiabilité de leurs informations de durabilité, Jacques Igalens, président d’honneur de l’IAS et président du CICCAS, propose une analyse qui vient clarifier un paysage normatif encore mal compris. Sa question est simple à énoncer mais lourde de conséquences pratiques : faut-il opposer la nouvelle série de normes ISO 14019 et la logique de certification issue de la H2A, ou bien apprendre à les articuler ?

La première partie de son texte est consacrée à la logique ISO. La série ISO 14019 ne porte pas sur le management environnemental au sens d’ISO 14001, mais sur la validation et la vérification des informations déclarées par une organisation en matière environnementale, sociale, de gouvernance et, plus largement, de durabilité. Jacques Igalens en restitue l’architecture avec clarté. La norme socle, ISO 14019-1, pose un langage commun et introduit une distinction décisive entre la vérification, qui apprécie des faits et des résultats déjà produits, et la validation, qui apprécie la plausibilité d’hypothèses et de trajectoires tournées vers l’avenir. ISO 14019-2 développe les exigences de vérification ; la future ISO 14019-3, qu’il juge la plus ambitieuse et la plus exaltante intellectuellement, portera sur la validation du raisonnement qui sous-tend les engagements prospectifs ; ISO 14019-4, enfin, fixe les exigences de compétence et d’impartialité applicables aux organismes et aux personnes, exigences que le CICCAS intègre désormais dans sa propre démarche de certification.

La seconde partie examine la logique H2A. Dans le cadre de la CSRD, le référentiel est imposé : les ESRS. L’organisme tiers indépendant doit formuler une conclusion d’assurance, aujourd’hui limitée, demain peut-être raisonnable, dans un dispositif fortement hiérarchisé qui va de la directive européenne au Code de commerce et à la supervision exercée par la H2A. Jacques Igalens rappelle que cette dernière a publié en janvier 2026 une mise à jour de ses lignes directrices, applicable dès l’exercice 2026 pour les données 2025, et que les normes européennes d’assurance sont attendues au plus tard le 1er octobre 2026.

L’intérêt de l’analyse tient à son refus de la facilité. Plutôt que de désigner un vainqueur, Jacques Igalens montre la complémentarité des deux approches. ISO 14019 offre une grammaire méthodologique internationale et volontaire ; la CSRD lui donne une portée réglementaire en imposant un périmètre, des acteurs habilités et une conclusion formalisée. Pour un OTI, la norme ISO peut servir d’infrastructure méthodologique tout en restant subordonnée au cadre légal. Pour une entreprise, elle constitue un précieux référentiel de préparation.

Sa conclusion personnelle ouvre une perspective stimulante. Selon lui, les exigences françaises applicables aux OTI demeurent largement héritées de notre culture nationale de l’audit légal et de l’assurance, là où ISO 14019 esquisse une méthodologie autonome, plus proche des métiers de la validation scientifique et de l’évaluation de conformité. Le modèle implicite cesse d’être celui de l’auditeur financier auquel on ajoute quelques connaissances ESG pour devenir celui d’une équipe pluridisciplinaire, capable d’apprécier simultanément des données environnementales, sociales, de gouvernance et des informations prospectives. On comprend dès lors pourquoi il souhaite longue vie à la série ISO 14019.

Cette contribution s’inscrit pleinement dans la vocation du CICCAS et de l’IAS : penser l’audit social et sociétal non comme une simple extension de l’audit financier, mais comme une discipline à part entière, dotée de ses propres méthodes et de ses propres exigences de compétence. Nous en recommandons vivement la lecture.

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